[Extrait de livre] Un climat social de confusion

Un climat social de confusion
[…] L’incestuel familial contribue à l’incestuel social qui lui-même renforce celui des individus et des familles, infiltrant tous les espaces, toile de fond, comme ambiance ordinaire, dans laquelle nous évoluons. Comment en sortir si famille et société font corps, redoublant à la fois l’impasse et l’aveuglement sur ce que nécessitent des liens vivants, des institutions vivantes, un monde vivant  ? Que faire quand ceux qui représentent la loi ne s’y soumettent pas, qu’espace privé et espace public se confondent, qu’opinions, croyances et vérités s’emmêlent, que le buzz et l’émotion font la loi (réseaux sociaux, procès sauvages, lynchages...), qu’on ne distingue plus le faux du vrai, le permis de l’interdit, le possible de l’impossible, le réel du virtuel et de l’imaginaire (fake news, algorithmes, hologrammes...) ? Quand on ne sait plus qui est qui, qui fait quoi, qui pense quoi et qui fait penser ou faire quoi à qui ? Comment penser l’incomplétude ou la perte quand tout se compte en bénéfices (narcissique, domestique, individuel, technologique, économique...)  ? Que faire quand l’organisation du collectif échoue, que les repères sociaux se brouillent, que les méthodes successives égarent toujours plus ? Les sujets fragiles, en difficulté de différenciation ou d’élan, ne trouvent alors plus d’appuis, d’enveloppes, de médiations ou d’espaces relais.

Nos sociétés néolibérales et consuméristes « montrent » en effet bien des signes de souffrance derrière les « avancées » économiques, scientifiques et technologiques repoussant toujours plus loin les limites du permis et du possible. Mais avancer vers quoi ? Pensons-nous les effets de nos actes ? À s’aveugler, à ne pas penser les limites, la frénésie du « toujours plus » (de consommation, satisfaction, performance, production, objets, voyages, contrôle, puissance, possibles…) et la difficulté d’intégrer le « moins » (restriction, sobriété, décroissance, pensée du long terme, du vivant et du collectif) génèrent en effet, comme dans les familles, malaises, confusions, dérapages et dérèglements.[…]

In Dominique Klopfert, Penser l’incestuel, la confusion des places, yapaka, Temps d’arrêt, septembre 2022

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