[Extrait de livre] Intérêt du temps de la grossesse

Sorti de l’ombre à travers l’évolution des techniques médicales, le temps de la grossesse ouvre le champ des possibles. Une meilleure attention portée à la sensibilité de chaque parent, dans un contexte de collaboration entre les disciplines (médicales, sociales, psychologiques) se fait jour. Temps unique dans la trajectoire du futur enfant au travers du corps traversé d’émotions de sa mère, mais aussi dans la construction, reconstruction, consolidation des identités parentales, la grossesse pourrait se décliner de multiples manières :

  • c’est une période dynamique sur le plan personnel et social, tendue vers un projet neuf et créateur, marquée donc d’une tonalité heureuse;
  • les femmes les plus en souffrance sont accueillies « comme toutes les mères » dans le positif de la procréation;
  • la grossesse se vit dans le corps et les bouleversements physiologiques ont un retentissement sur l’image de soi;
  • tout ce qui est bon pour la mère est bon pour l’enfant;
  • prendre soin de la femme enceinte, c’est prendre de soin de l’enfant à venir;
  • la communication infra-verbale occupe une place centrale (accueil, présence…);
  • devenir parent remet en jeu les processus de dépendance et d’autonomie élaborés dans la trajectoire personnelle ;
  • au moment où de nouveaux liens vont se construire, les relations personnelles se réorganisent, les générations bougent, les repères affectifs se modifient;
  • tous ces mécanismes rendent la femme enceinte particulièrement perméable à l’environnement humain;
  • l’attente d’un enfant peut offrir l’occasion d’être entendue, soutenue, vers une véritable autonomie;
  • le suivi médical actuel est l’occasion de rencontres significatives, fondées sur le soin et la protection;
  • le temps est limité mais suffisamment long pour que se vive une nouvelle expérience de relation avec le monde professionnel autour d’un même objectif;
  • l’enfant in utero amorce ses premiers schémas d’organisation à partir de ses perceptions et de son potentiel propre ;
  • l’état émotionnel de la mère intervient dans le déroulement obstétrico-pédiatrique ;
  • tout ce qui est fait pour améliorer la sécurité globale de la femme enceinte favorise l’organisation propre du bébé à venir;
  • le conjoint lui-même traversé par son propre mouvement de devenir père, par les besoins d’attention de sa compagne, a l’opportunité de rencontrer un milieu professionnel attentif;
  • la place du père se prépare dès la grossesse;
  • plus les parents ont été chahutés par la vie, plus ils souhaitent le meilleur pour leur enfant;
  • les conséquences de la dépression prénatale et/ou d’une anxiété sévère sur l’organisation de l’attachement sont connues ;
  • dans les cas de grande détresse parentale, une alliance est possible autour du projet commun de donner toutes ses chances à l’enfant à naître ; elle s’avère plus ardue une fois le bébé présent;
  • mais il n’est pas facile pour une femme enceinte de dire son malaise au vu des fortes représentations sociales sous la bannière de « bonne mère », concept inadéquat;
  • faire confiance à l’autre peut être une nouvelle aventure pour un adulte qui n’en a pas fait l’expérience et a dû se construire dans une autonomie trop précoce ;
  • la résurgence d’émotions liées à un autre temps vécu chez les parents crée un malaise décodable par les soignants ;
  • ce réveil d’éléments liés au passé est l’occasion d’une réorganisation des traumatismes grâce à des rencontres sécurisantes dans le présent;
  • l’accueil d’émotions « négatives » par un professionnel en sécurité diminue l’angoisse;
  • vouloir rassurer trop vite augmente le stress ;
  • le manque de coordination des professionnels est un facteur de stress, généralement non identifié;
  • des paroles ou attitudes blessantes laissent des traces indélébiles chez certains parents ;
  • la culpabilisation d’une femme enceinte a des effets dévastateurs…

La liste des multiples éléments qui font la richesse de cette période où l’on attend un enfant serait longue et, à travers cet enfant, l’espoir d’un avenir meilleur, surtout lorsque le passé des parents fut éprouvant. L’avantage majeur est que la femme enceinte bénéficie d’une sollicitude fondée sur les soins corporels parce qu’elle va mettre au monde un enfant « comme toutes les mères », quelle que soit sa vulnérabilité parfois extrême. Le conjoint trouve là, si l’environnement s’y prête, l’occasion d’éprouver sa place dans le regard des professionnels, en tant que futur père, quelles que soient ses éventuelles sources de fragilité. À partir du suivi médical, la grossesse est ainsi mieux reconnue comme l’occasion exceptionnelle de consolider ou de reconstruire la sécurité de base au travers d’un faisceau de relations coordonnées dont nous verrons les composantes. Première étape d’une longue histoire, tant pour la femme gestante que pour la famille, ces quelques mois peuvent modifier de manière radicale les étapes à venir : accouchement, post-partum, développement et éducation, jusqu’au potentiel futur de l’adulte devenant parent à son tour.

Extrait du livre Temps d'Arrêt "Accompagnement et alliance en cours de grossesse" de Françoise Molénat (p. 15-18)

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